L’Agence Française Anticorruption confirme une hausse des infractions

L'Agence française anticorruption (AFA) a publié le 6 juillet 2026 son rapport d'activité 2025. Ce document dresse le bilan d'une année marquée par l'adoption du deuxième plan national pluriannuel de lutte contre la corruption (2025-2029), un investissement croissant dans la lutte contre la corruption liée à la criminalité organisée… mais aussi une hausse continue des infractions d'atteintes à la probité enregistrées.

Une année structurante pour la politique publique anticorruption

Près de dix ans après la création de l’Agence par la loi Sapin II, le rapport revient sur une année charnière du point de vue de la stratégie nationale anti-corruption: un nouveau Plan National Pluriannuel de Lutte contre la Corruption (PNPLC) a en effet été adopté pour couvrir les années 2025 à 2029. Ce plan, le deuxième depuis la création de l'Agence, consacre 36 mesures à suivre au sein d’un comité interministériel dédié, sous la coordination de l’AFA. Les objectifs y sont larges et transversaux, mais dressent une feuille de route pour mieux orienter les pratiques de contrôle et d’accompagnement.

Extrait du rapport annuel 2025 de l’Agence Française Anticorruption, page 5, AFA, 2026

Le rapport souligne également le renforcement de l'action de l'AFA contre la corruption liée à la criminalité organisée, en particulier dans les secteurs portuaire et pénitentiaire, à la suite de la promulgation de la loi du 13 juin 2025 contre le narcotrafic. S’appuyant sur les propositions de l’Agence, la loi a ainsi notamment imposé l'intégration du risque corruptif dans les plans de sûreté portuaire et aéroportuaire.

Côté logistique, l'Agence comptait, 60 agents en 2025, un chiffre stable depuis quelques années. Elle a connu une réorganisation fin 2024, avec une nouvelle construction autour de deux sous-directions (acteurs publics et acteurs économiques). Un an après sa mise en œuvre, cette réorganisation est présentée comme “très satisfaisante”.

Ce que disent les chiffres sur l'état de la corruption en France

Passé ces bonnes nouvelles, le constat est moins enthousiasmant du côté de l'objectivation de la corruption, à laquelle le rapport consacre une part importante.

D’abord, le classement de l’hexagone dans l'indice de perception de la corruption de Transparency International a reculé pour la troisième année consécutive, et atteint un point historiquement bas. L'AFA s’efforce de nuancer cette baisse, soulignant qu’elle se concentre sur seulement deux des huit sources composant l'indice. Un travail d’équilibriste. Mais il est vrai que les enquêtes d’opinion produites par l’Union européenne, dites Eurobaromètres, apportent un regard complémentaire: la perception globale d'une corruption répandue progresse, mais les indicateurs d'expérience directe sont contrastés; la part des entreprises déclarant avoir perdu un marché public à cause de la corruption diminuant nettement en 2025. Côté citoyens, sept répondants sur dix jugent la corruption répandue dans leur pays, en France comme dans l'UE. Un chiffre inquiétant, mais plutôt stable depuis plusieurs années. Lot de consolation: la tolérance déclarée à l'égard de pratiques assimilables à la corruption recule nettement sur la période. La part de citoyens jugeant acceptable le fait d'offrir un cadeau à un agent public passe de 19% à 11% entre 2022 et 2025.

Au-delà des classements, l’AFA se penche sur les chiffres des services de police et de gendarmerie: le rapport recense 1125 infractions d'atteintes à la probité enregistrées en 2025, contre 620 il y a dix ans.

L'AFA recueille elle-même des signalements pour faits de corruption, émis par des particuliers. Leur nombre a presque triplé en un an, passant de 802 en 2024 à 2257 en 2025. L'Agence indique avoir traité l'ensemble de ces signalements dans le délai légal de trois mois. Seuls 242 signalements se sont toutefois révélés recevables, la majorité des saisines ne relevant pas du champ de compétence de l'AFA. Une refonte du formulaire de signalement en ligne est prévue pour 2026, afin de mieux orienter les citoyens.

Acteurs publics, entreprises: l’AFA multiplie les actions de contrôle

L'AFA a ouvert 18 nouveaux contrôles d'acteurs publics en 2025, portant le total à 119 depuis 2018. Depuis 2017, l'Agence a conduit un programme ciblant plus de 60 grandes collectivités territoriales, dont 37 sur la seule période 2022-2025. Le rapport souligne un effet d'entraînement de ces contrôles sur l'ensemble du secteur public local, tout en notant que les dispositifs déontologiques de prévention (chartes, référents déontologues, lignes d'alerte), bien que largement déployés, restent encore peu identifiés — donc peu utilisés — par leurs destinataires. En parallèle, 107 actions de sensibilisation ont été menées en 2025, soit près du double de 2024, auprès d'élus locaux, de personnels hospitaliers et d'agents de l'État.

Côté entreprises, dix nouveaux contrôles d'acteurs économiques ont été ouverts en 2025 (175 depuis 2017), donnant lieu à cinq avertissements de la directrice et une saisine de la Commission des sanctions. Le rapport détaille deux séries de contrôles thématiques : les entreprises du secteur portuaire, dont les cartographies de risques identifient quatre zones d'exposition prioritaires ; et le suivi de neuf filiales françaises de groupes étrangers, contrôlées en 2022-2023 dans le secteur automobile, où l'AFA relève des dispositifs de conformité insuffisamment adaptés au droit français. Toujours pas de sanction pécuniaire prononcée en 2025, la première décision de ce type datant… de juillet 2026.

Le rapport dresse enfin un bilan chiffré des conventions judiciaires d'intérêt public (CJIP), et détaille de façon pédagogique le fonctionnement des programmes de mise en conformité qui peuvent y être assortis. Concrètement, une CJIP est une procédure transactionnelle permettant à une entreprise mise en cause d'éteindre l'action publique moyennant le paiement d'une amende et, le cas échéant, un programme de mise en conformité contrôlé par l'AFA. Entre 2017, date de création du mécanisme, et fin 2025, 27 CJIP ont été conclues pour des faits d'atteintes à la probité, dont 17 assorties d'un programme de mise en conformité placé sous contrôle de l'AFA, pour un montant cumulé d'amendes avoisinant 2,5 milliards d'euros — un total tiré notamment par les accords conclus avec Airbus (plus de 2 milliards d'euros en 2020) et Société Générale (250 millions d'euros en 2018). Depuis le début de l’année 2026, cinq CJIP ont déjà été conclues. Fin 2025, l'AFA suivait 17 programmes de mise en conformité, activité dont le pilotage a été structuré au sein d'un pôle dédié de quatre agents, ce qui peut sembler léger au regard de l’ampleur de la tâche.

Une reconnaissance internationale à conforter

Le rapport annuel se conclut par une ouverture sur la mobilisation internationale de l’AFA, qui en 2025 a notamment participé à des réunions de travail de l’OCDE, apporté une collaboration technique aux institutions de certains pays européens et préparé l'examen à venir de la France par le Groupe des Etats contre la Corruption (GRECO). L’AFA a encore accompagné ou formé des équipes des services anti-corruption nationaux de plusieurs pays, dont l’Egypte, le Sénégal, le Maroc ou encore la Moldavie et l’Estonie. Une dimension importante, aussi bien pour promouvoir les bonnes pratiques à un niveau plus large que pour ancrer la crédibilité de l’Agence - et de la France - en Europe et dans le monde.

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