Indice de Perception de la Corruption 2025: la corruption progresse, ce que cela change pour votre cartographie des risques

Transparency International a publié le 10 février 2026 la mise à jour annuelle de son Indice de Perception de la Corruption (IPC), portant sur l’exercice 2025. Et le constat est sans ambiguïté: la corruption progresse à l'échelle mondiale, y compris dans des démocraties établies.

Pour les Compliance Officers et les responsables des dispositifs LCB-FT, cet indice annuel constitue un signal de référence incontournable qui justifie, documente et actualise la classification des pays à risque. Il est un bon indice, complémentaire des listes du GAFI, pour évaluer les risques géographiques en matière de criminalité financière.

Un recul mondial sans précédent depuis dix ans

Avec un score moyen mondial de 42/100, l’indice enregistre son niveau le plus bas depuis plus d'une décennie. Sur les 182 pays évalués, 122 obtiennent un score inférieur à 50, seuil en deçà duquel la corruption dans le secteur public est considérée comme sévère. La majorité des États dans le monde ne maîtrise donc pas durablement la corruption, malgré les engagements affichés en matière de transparence et de bonne gouvernance.

Autre signal marquant : seuls cinq pays dépassent désormais 80/100, contre 12 il y a dix ans. L'érosion des modèles vertueux illustre la fragilité des acquis, même dans les États historiquement bien classés.

Les facteurs explicatifs identifiés par Transparency International convergent: absence de leadership politique sur l'intégrité publique, démantèlement progressif des dispositifs anticorruption, multiplication des atteintes à l'État de droit et rétrécissement de l'espace civique.

La France classée 27e, un score historiquement bas

La France enregistre sa pire performance depuis la création de l'IPC : 66/100, 27e rang mondial (contre 69 et 26e rang en 2024). En quatre ans seulement, son score est passé de 72 à 66 effaçant l'ensemble des progrès engrangés dans le sillage de la loi Sapin II.

Transparency International France identifie plusieurs facteurs structurels. Un déficit de volontarisme politique d'abord, illustré par le maintien en fonction de ministres mis en examen et par l'absence de prise de parole gouvernementale forte sur l'exemplarité. Un sous-dimensionnement chronique des moyens ensuite : la Haute Autorité pour la Transparence de la Vie Publique (HATVP), dont le champ d'action s'est continuellement élargi, n'a pas bénéficié de ressources humaines proportionnelles, générant des retards préoccupants dans le traitement des déclarations d'intérêts et de patrimoine des parlementaires. S'y ajoute un détricotage progressif des règles issues de la décennie 2010: relèvement des seuils de publicité des marchés publics, modification de la définition de la prise illégale d'intérêt, démantèlement du contrôle de légalité. Enfin, des problèmes structurels de mise en œuvre persistent, notamment une territorialisation insuffisante des dispositions et une inadaptation du dispositif à la corruption dite «de basse intensité».

À noter pour les Compliance Officers : la France reste un pays à risque modéré dans l'absolu mais la trajectoire baissière sur quatre ans consécutifs constitue en soi un indicateur de dégradation à documenter dans les revues de cartographie. Ce déclassement peut avoir des implications concrètes sur l'évaluation des contreparties, filiales ou donneurs d'ordre opérant dans un environnement réglementaire et politique français en mutation.

Les dynamiques régionales à surveiller

Le podium n’a pas changé. IPC 2025, Transparency International

Si le trio de tête reste le même, le classement est chamboulé par les reculs significatifs des Amériques et de l'Europe occidentale. Le désengagement des États-Unis de leur rôle historique de «champion» de la lutte anticorruption, accentué par l'assouplissement du FCPA, constitue un changement structurel de grande ampleur pour les programmes de conformité à portée internationale. La réduction de la pression américaine sur la corruption transnationale crée mécaniquement un vide que peu d'autres acteurs sont en mesure de combler à court terme.

L'Asie-Pacifique et l'Europe centrale et orientale affichent des dynamiques plus contenues, même si des défis structurels demeurent dans de nombreux États de ces régions. Le continent africain reste fortement exposé aux risques de corruption, l’Afrique subsaharienne conservant un score moyen de 32 sur 100. Si la plupart des scores des pays africains stagnent, on notera la situation toujours critique au Soudan du Sud et en Somalie (tous deux évalués à 9/100, classés dernier), et au Yémen et en Erythrée (13/100, classés 177ème sur 181).

L'IPC 2025 confirme par ailleurs le lien fort entre niveau de corruption, accès à la justice et état de l'espace civique. Les pays où les libertés civiques sont restreintes affichent systématiquement des niveaux de corruption plus élevés un indicateur composite utile pour affiner les évaluations de risque pays au-delà du seul score IPC.

Ce que l'IPC doit déclencher dans votre dispositif de conformité

L'IPC n'est pas un simple baromètre géopolitique: pour les établissements financiers, assureurs et toutes entités assujetties, il constitue une source de référence documentée et reconnue pour justifier la révision de la classification des risques pays. Voici les cinq réflexes à adopter après chaque publication annuelle, selon l’activité pratiquée et l’exposition à l’international:

  • Réviser la cartographie des risques pays: comparer systématiquement les scores 2025 avec ceux de l'année précédente. Tout pays dont le score baisse de trois points ou plus mérite certainement une réévaluation formelle de son niveau de risque, avec traçabilité de la décision,

  • Mettre à jour les fiches tiers et contreparties: répercuter les évolutions de l’IPC dans les fiches de risque des contreparties, donneurs d'ordre ou filiales opérant dans des pays reclassés, notamment en cas de passage sous le seuil 50,

  • Vérifier les relations de correspondance bancaire: pour les établissements de crédit, s'assurer que les relations avec des correspondants de pays en détérioration font l'objet d'une diligence renforcée et d'une revue périodique formalisée,

  • Formaliser dans les reportings internes: documenter la prise en compte de l'IPC 2025 dans le rapport annuel LCB-FT et, le cas échéant, dans les reportings à l'organe de surveillance. L'absence de traçabilité de cet exercice est un point de fragilité en cas de contrôle,

  • Mettre à jour les formations: intégrer les tendances de l’IPC 2025 dans les modules de formation aux risques pays et corruption, notamment pour les équipes commerciales exposées à l'international.

Pour rappel, l'IPC mesure la perception de la corruption dans le secteur public, à partir de 13 sources indépendantes. Il ne couvre pas directement le blanchiment, la fraude fiscale ou le financement du terrorisme mais constitue une évaluation reconnue du risque environnemental dans lequel opèrent les agents économiques - et éventuellement vos contreparties. Il convient de le combiner avec d'autres indicateurs : listes GAFI, indices de fragilité étatique, indice de liberté économique, etc. L'IPC seul ne suffit pas, mais son absence dans une cartographie documentée pourrait être difficile à justifier selon l’exposition de votre activité à l’international.

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Le GAFI publie son rapport annuel 2024-2025