Nouveau Parquet national anticriminalité organisée: une architecture judiciaire renforcée face au crime structuré

La création du Parquet national anticriminalité organisée (PNACO) marque une étape structurante dans l’évolution de l’appareil judiciaire français face à la criminalité organisée : longtemps traitée à travers des dispositifs territoriaux spécialisés, celle-ci fait désormais l’objet d’un pilotage national dédié, pensé pour répondre à la sophistication croissante des réseaux criminels.

Créé par la loi contre le narcotrafic, le PNACO a débuté ses travaux le 5 janvier 2026. Il est localisé au tribunal judiciaire de Paris, et incarne le troisième parquet national spécialisé, après le Parquet National Financier (PNF) et le Parquet National Antiterroriste (PNAT).

La création du PNACO fait suite à un double constat: d’une part, l’intensification de formes de criminalité hautement organisées (trafics internationaux, criminalité économique et financière complexe, captation et blanchiment d’avoirs, etc.), et d’autre part, la nécessité de renforcer la cohérence stratégique de la réponse pénale. À l’image de ce qui a été fait pour la lutte antiterroriste ou la grande délinquance économique, l’État a fait le choix d’une spécialisation nationale.

La nomination de Vanessa Perrée à la tête de ce nouveau parquet illustre cette logique de continuité institutionnelle: une magistrate issue de la culture des saisies et confiscations, notamment via son passage à l’AGRASC (nous l’avions interviewée à ce titre en octobre 2024), dans un contexte où la lutte contre le crime organisé passe autant par la sanction pénale que par l’assèchement économique.

Le “haut du spectre” de la criminalité organisée comme périmètre

Le PNACO a vocation à intervenir sur les affaires de criminalité organisée les plus complexes: lorsqu’elles présentent une dimension nationale ou internationale, un haut niveau de structuration ou des enjeux patrimoniaux significatifs. Il devrait donc s’intéresser aux gros réseaux de blanchiment, mais aussi aux schémas de traite d’êtres humains et bien sûr aux grandes organisations de commerce de stupéfiants – une pression judiciaire doublée d’une pression médiatique, donc.

Le rôle du PNACO n’est pas de se substituer aux juridictions locales, mais de centraliser et coordonner les dossiers nécessitant une expertise renforcée, en lien étroit avec les services d’enquête spécialisés. Plus largement, le PNACO dispose d’une mission de coordination des acteurs judiciaires impliqués. Pour y parvenir, il devrait à terme s’appuyer sur une équipe d’une cinquantaine de personnes, dont 30 magistrats.

À ce stade, les informations disponibles sur son fonctionnement opérationnel restent volontairement limitées. Il faudra attendre plusieurs mois pour disposer d’éléments tangibles sur son activité, les volumes de dossiers sur lesquels il travaille ou ses premières orientations jurisprudentielles.

PNACO, PNF, PNAT: des juridictions centralisées mais plus spécialisées

La création du PNACO invite naturellement à une clarification des périmètres :

  • le Parquet national financier demeure centré sur la délinquance économique et financière complexe, notamment la corruption, la fraude fiscale aggravée et les atteintes à la probité ;

  • le Parquet national antiterroriste conserve sa compétence exclusive en matière terroriste ;

  • le PNACO se positionne enfin sur le cœur de la criminalité organisée structurée, là où les logiques de réseaux, de violence, de flux financiers et de territorialisation criminelle se croisent.

Il ne s’agit donc pas d’un chevauchement, mais d’une spécialisation complémentaire, au service d’une réponse pénale plus lisible et plus efficace.

À ce stade, le PNACO constitue surtout une promesse institutionnelle. Son efficacité se mesurera à sa capacité, dans le temps, à structurer une doctrine d’action, à produire des résultats concrets et à s’imposer comme un acteur central dans la lutte contre le crime organisé.

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